LE MASSIF : UNE ENTENTE POSSIBLE SUR FOND D'ULTIMATUM
- Roger Laroche
- 17 janv.
- 5 min de lecture

NDLR : Campés dans des positions pour le moins bétonnées, employeur et syndiqués du Massif se sont finalement retrouvés à la même table au cours des dernières heures en présence d'un conciliateur.
À la lumière des reportages ci-après, il ne semble bas que les parties baignent dans le bonheur d'une vraie entente et le bras de fer ne semble pas s'être pour le moins atténué. L'employeur donne 72 heures aux 300 syndiqués pour accepter la dernière offre.... sinon "ON FERME". Les prochaines heures seront déterminentes...

Le syndicat des travailleurs du Massif, affilié à la CSN, sort déçu de la séance de conciliation d’hier. Malgré qu’il croie toujours au processus de négociation pour en arriver à un accord, les employés se prononceront par un vote à scrutin secret sur la proposition du conciliateur.
Dans le mémo syndical envoyé aux membres, le syndicat écrit « tard dans la nuit, égal à lui-même, il est resté sur ses positions et a continué ses ultimatums. À ce moment, nous demeurions convaincus qu’avec un minimum de bonne volonté du côté patronal, une entente négociée restait toujours possible.
À la suite de ces échanges, le conciliateur a proposé une hypothèse de règlement. Une hypothèse permet à la conciliation de suggérer un projet de convention collective aux deux partis.
« Nous devons toutefois constater que cette solution démontre que l’employeur n’a toujours pas eu la volonté de reconnaître la juste valeur de notre travail ni de faire, à son tour, les compromis nécessaires. Il choisit plutôt la voie des ultimatums et des menaces pour tenter de nous faire plier et nous forcer à retourner au travail à genoux », lit-on aussi.
La missive dit aussi « face à cette attitude, nous devons rester solidaires et unis. La posture de l’employeur doit changer. Il doit entrer en mode solution et mettre fin à la confrontation, aux menaces et aux ultimatums. Soyez assurées et assurés que votre comité de négociation a poursuivi son travail avec rigueur, honnêteté et détermination. Il ne s’est pas laissé intimider ni bousculer par une annonce de fermeture ».
« Vous serez donc invité très rapidement à une assemblée générale spéciale qui permettra de faire le point sur la situation et de tenir le vote à scrutin secret. Par désir de transparence, mais aussi par respect pour chacun et chacune d’entre vous, il est primordial d’avoir une discussion complète et franche avec vous sur le contenu de cette offre, et d’obtenir l’opinion de toutes et tous », se termine le mémo.
Cette position fait à la rencontre tenue hier.

Le Massif de Charlevoix tente une dernière fois d’éviter la fermeture de la montagne, alors que le conflit de travail avec le syndicat est toujours dans l’impasse. L’organisation espère dégager un cadre de règlement permettant une reprise des activités d’ici le 20 janvier.
À défaut d’une entente ou d’un recours à l’arbitrage, la direction affirme qu’elle sera contrainte de mettre fin à la saison hivernale à compter de mardi.
« Le minimum attendu, c’est que le cadre de règlement soit présenté aux employés et soumis au vote. Le Massif doit connaître rapidement la position du syndicat », souligne le président de Groupe Le Massif, Claude Choquette.
Selon l’organisation, le maintien d’opérations limitées ne permet plus d’offrir une expérience sécuritaire et conforme aux standards de la station. Le conseil d’administration estime que la situation actuelle n’est plus viable, tant sur le plan opérationnel que financier.
Le Massif rappelle également que les répercussions dépassent largement la montagne. Dans l’éventualité d’une fermeture, le Club Med Québec–Charlevoix a déjà indiqué qu’il envisageait de suspendre ses activités, ce qui aurait un impact direct sur l’économie régionale en pleine saison touristique.
La direction affirme souhaiter une résolution rapide du conflit, mais précise que l’avenir de la saison repose désormais sur la réponse du syndicat et l’issue des discussions en cours.

La grogne est palpable au Syndicat des travailleuses et travailleurs du Massif (CSN). Selon des sources syndicales, le Massif de Charlevoix n'aurait pas respecté une entente verbale conclue dans la nuit de vendredi à samedi, qui stipulait qu'aucun des deux partis ne publierait de communiqué de presse avant 10h, le lendemain, et qu'une menace de fermeture ne serait pas évoquée.
Dans un communiqué de presse transmis aux médias vers 7 h 47, le Massif de Charlevoix a lancé un ultimatum de reprise des activités avant le 20 janvier, notant qu’à défaut d’une entente, la fermeture de la montagne s’imposera que la saison prendrait officiellement fin mardi.
Selon ces mêmes sources, des représentants du ministère du Travail ont été témoins de cet accord verbale. « Le Massif n’a aucune parole. Ça montre leur méthode de travail », commente un individu.
Dans un info-négo transmis à ses membres, au courant de la nuit, le Syndicat formulait que « rien n’a été suffisant aux yeux de l’employeur » et que « égal à lui-même, l’employeur est resté sur ses positions et a continué ses ultimatums ».
On y apprend que le conciliateur a proposé une hypothèse de règlement pour une convention collective, mais que le Syndicat déplore l’absence de reconnaissance du Massif. On y indique que les syndiqués seront rapidement convoqués à une assemblée générale pour discuter du contenu de l’offre et tenir un vote secret.

Après les commerçants locaux, ce sont maintenant les parents de plusieurs dizaines de jeunes athlètes qui implorent les deux parties de mettre fin à la grève au Massif de Charlevoix.
Depuis plus de 10 jours, le litige affecte davantage que les activités de ski alpin.
«Cette montagne fait partie de notre quotidien hivernal et de celui de nombreuses familles. Le conflit dépasse largement les pistes, il touche toute une région. Nos enfants écopent aussi», explique Marie-Ève P. Plamondon, mère de deux jeunes compétiteurs.
Alors que la saison semble de plus en plus menacée, le Massif reste un moteur économique et un pôle d’attraction touristique, ajoute-t-elle.
Les entreprises locales sont touchées et Tourisme Charlevoix parle de pertes énormes pour l’hébergement et d’autres attraits.
UN DERNIER ESPOIR
Sans prendre position, Mme Plamondon pense aux enfants, mais aussi aux employés qui se battent pour de meilleures conditions, aux saisonniers qui perdent des heures, aux restaurateurs, commerçants, chauffeurs, moniteurs et travailleurs de l’hôtellerie. Dans deux mois à peine, la saison hivernale sera déjà dans son dernier droit. L’urgence se fait sentir.
«Ce n’est pas juste la saison, mais la prochaine aussi qui peut être en danger. Personne ne peut gagner. Ça va nuire à tout le monde. L’écosystème touristique de Charlevoix en paiera le prix. Quand la montagne s’arrête, c’est toute une chaîne qui ralentit. Comme parent, je souhaite que les enfants retrouvent leur sport et leur communauté, et que les travailleurs et les entreprises puissent respirer», ajoute la skieuse, qui réclame un dialogue et une solution.
L’ancien champion de ski Thomas Rinfret espère aussi une bonne nouvelle malgré le climat tendu. Président du club de compétition qui regroupe plus de 90 athlètes, Rinfret est aussi père de deux garçons. Il n’est jamais bien loin de la montagne et des pistes.
«Le plus gros défi est de se relocaliser pour s’entraîner ailleurs. C’est complexe. Si les arénas fermaient demain matin, beaucoup de parents de joueurs auraient un casse-tête pour trouver des solutions pour leurs enfants», affirme le producteur, réalisateur et documentariste de 44 ans.
UNE COMMUNAUTÉ
Toujours passionné de ski, Rinfret précise que personne n’a vu venir le coup, alors que la saison entière était planifiée. Le moral des troupes n’est pas très élevé, mais la motivation demeure. Comme dirigeant et père de famille, il veut permettre aux jeunes skieurs de poursuivre leur rêve tout en limitant les déplacements et les coûts.
«C’est le domaine que je connais le plus. Ça fait 40 ans que je fais du ski et je n’ai jamais vu ça. Une partie de notre vie tourne autour de la montagne, enfants comme adultes. Particulièrement au Massif. C’est un endroit exceptionnel et un groupe d’amis que nous perdons. Notre bassin de parents est durement touché.»
Comme bien d’autres, Thomas Rinfret souhaite que les deux parties parviennent à une entente satisfaisante.





