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TÉLÉCABINE MONT-SAINTE-ANNE : LA SAGA S’ENLISE

Stupéfaction, colère, exaspération, incompréhension, résignation et sans compter tout le vocabulaire de la sacristie… le dernier incident de la vétuste télécabine du Mont-Sainte-Anne génère encore une fois une cascade de réactions sans nécessairement amener d’espoir de solution à court terme. Plus que jamais, ce n’est pas demain la veille !!!

Malgré tous les espoirs, souhaits et désirs, les plus optimistes pourraient déchanter devant le lourd avenir de la revitalisation du Mont-Sainte-Anne. On aquiert pas une remontée mécanique comme un simple article sur les tablettes de la quincaillerie. Il y aura tout un chemin de croix avant d’y parvenir….

Avant même de considérer la réfection complète de l’ensemble de l’œuvre, lire la station au complet, il faut s’attarder à l’essentiel soit la remontée principale, épine dorsale de la station sans quoi le minimum n’est pas rendu.

Scénarisons que l’État maternelle vienne au secours avec une injection d’urgence de deniers publiques face à l’immobilisme du locataire des lieux, Resort of the Canadian Rockies (RCR), et ce nonobstant le contentieux juridique qui pourrait découler d’une annulation du bail ou encore d’une expropriation.

N’en déplaise aux optimistes anxieux, il faudra être plus que patient. Le dernier incident amènera une longue interruption, le temps que l’enquête et ses conclusions aboutissent. Il serait même étonnant qu’il y ait redémarrage sans compter la défection des usagers qui ne voudront plus monter à bord.

LES PRÉTENDANTS

Dans quelques mois, il faudra préparer le devis et lancer les appels d’offres avec une date butoir déjà lointaine. Les soumissionnaires seront peu nombreux au portillon. Des deux principaux, Dopplemayr ne devrait pas soumissionner pendant que coure la poursuite du Mont St-Anne contre le manufacturier autrichien et cinq entreprises dont Hydro-Québec.

Reste alors Leitner-Poma qui ne pourra pas faire diligence. Dans une récente entrevue diffusée sur le Storm Skiing Journal, le président de Leitner-Poma en Amérique déclarait que le carnet de commande était déjà rempli pour des remontées débrayables en 2023 et que déjà le manufacturier est à pied d’œuvre sur des projets pour 2024.

Chez les manufacturiers, les remontées en cours de construction ne sont pas encore assurées pour livraison à temps pour Noël.  C’est le cas notamment de la télécabine de Creekside à Whistler (Doppelmayr) en raison de difficultés d’approvisionnement.

Commander une nouvelle remontée débrayable maintenant reporterait la livraison au mieux en 2026 car les gros clients tels Vail Resort et Alterra vont nécessairement passer en premier.

Il serait toutefois possible de commander une remontée à pinces fixes même si on connait une séquence record de construction de remontées mécaniques en Amérique du Nord dont la grande majorité sont des remplacements.

UN DIACHILON

Malgré un investissement de 1.5M$ pour sa remise au niveau au lendemain du dernier incident, les cabines sont définitivement vouées à aller rejoindre leurs paires au cimetière en haut de la montagne.

La télécabine du MSA a été inaugurée en novembre 1989. Avec une saison de ski d’une durée moyenne de 150 jours, du ski de soirée pendant 90 jours et une opération estivale, la télécabine du Mont Sainte-Anne fait sans doute partie des remontées débrayables qui ont accumulé le plus d’heures d’opération dans le monde.

DOMMAGES COLLATÉRAUX

Donc peu d’espoir à court et moyen terme. Défection fort probable de la clientèle à un moment où il y a quelques semaines encore on révélait que la campagne d’abonnement avait largement dépassé les attentes.

Sans une saison avec des opérations normales, il ne serait pas surprenant qu’un recours collectif de remboursement soit intenté.  Les procédures devraient alors scléroser encore plus un rétablissement au minimum.

Autre lourde conséquence sera fort probablement l’annulation de quelques événements prestigieux comme celui du début janvier de l’Académie des sports de neige Warren Jobbitt.

N’oublions pas non-plus la Coupe du Monde de Snowboardcross au début février 2023.

Que ceux qui croient que le Massif de Charlevoix profitera des malheurs de sa station voisine déchantent car elle devrait maintenir sa tarification élevée et le contingentement quotidien de la clientèle. L’hôtel Delta pourrait probablement détourner une part de ses clients vers le Massif.

FUTUR ENCORE PLUS LOINTAIN

Force est de constater que la tâche de remise à niveau est titanesque et pourrait prendre peut-être une décennie avant d’être complétée. On ne se procure pas une remontée mécanique comme n’importe quel article sur les tablettes d’une quincaillerie.

Le MSA doit remplacer à court terme 4 remontées: Télécabine, télésiège quadruple débrayable à bulles, télésiège quadruple débrayable du Nord et le télésiège quadruple fixe (La Tortue).

Le système d’enneigement est aussi à refaire. Il n’est plus suffisamment puissant et il y a de nombreuses fuites d’air et d’eau. Aussi les canons ne sont pas de dernières générations.

N’oublions la correction de l’erreur de planification (relocalisation) de la remontée Panorama et la réfection de tous les bâtiments dont celui de la Crète laissé à l’abandon.

Nous convenons que la lecture franche de la situation devrait malheureusement atténuer l’optimisme ou l’espoir de plusieurs, mais il n’en demeure pas moins qu’on est loin du rêve à la réalité.

CRÉDITS PHOTOS : Dany Martel – photos cimetière au sommet, Facebook, Jean-François Racine (Journal de Québec, Simon Morrisette, Archives Carnet du ski Roger Laroche. Journal Le Soleil pour la photo d’entête.

Commentaires 10

  1. Il ne faut pas oublier non plus le tort économique que subira la région. Avec le virage vers « l’exclusivité » pris par Le Massif, tarification et contingentement, le MSA est, et demeure la plaque tournante pour le ski dans la région de Quebec. La déconfiture du « Mont » nuira à toute l’économie de la Côte de Beaupré touchant aussi, partiellement, la ville de Quebec. Les centres restants de la région (Stoneham, Le Relais) n’ayant pas le même attrait touristique. Reste, le ski de fond!!!

  2. Excellent article qui fait sans complaisance un inventaire des problèmes du MSA.

    Personnellement, je ne croyais pas que la télécabine pouvait être au terme de sa vie utile, mais votre lien vers liftblog est révélateur.

    Pour l’hiver qui débute, s’il fallait que la vieille Tortue tombe en panne, il ne serait plus possible d’accéder au sommet… Sauf avec des traîneaux tirés jusqu’à la base du Panorama Express.

  3. Déception pour mon enfant en ski études à l’école secondaire du Mont Ste-Anne et inquiétudes pour les parents. Peut-on avoir confiance en ces installations? On tente de le motiver dans son parcours scolaire en lui permettant d’accéder à la montagne. Cela aura assurément un impact sur plusieurs autres jeunes comme lui dans le programme.

  4. Beaucoup de réalisme dans ce papier malheureusement… toutefois, je ne crois pas qu’un État interventionniste dans ce dossier devrait être qualifié de « maternelle ». Faut-il rappeler que l’État est PROPRIÉTAIRE du sit cédé sous bail il est vrai, mais les 2 parties au contrat ayant des droits et OBLIGATIONS, l’intervention du Gouvernement souhaitée par plusieurs est en réalité son devoir fiduciaire à titre de locateur face aux défauts contractuels manifestes du locataire.

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      L’utilisation de l’expression « État maternel » se voulait allégorique dans le sens de protectionniste.Je conviens que le bail lie juridiquement les deux partis, mais s’il était rendu public (selon mes sources) on y constaterait que l’État s’est quelque peu cadenassé dans cette entente à la faveur de RCR qui jouit d’une grande latitude. Le mutisme et immobilisme de RCR illustrent bien qu’ils ont pu résister aux obligations qui ne seraient pas suffisamment explicites dans le bail sinon, nous n’en serions pas rendu là.

  5. La dernière phrase du commentaire de M. Thibaudeau à l’effet qu’il reste toujours le ski de fond a un certain mérite dans les circonstances. J’ai grandi sur les pentes de Stoneham, où nous avions un chalet, avant de faire le saut au MSA. En déménageant dans la région de Montréal pour des raisons professionnelles, j’ai pu constater à quel point j’était gâté, à Québec, pour pratiquer mon sport. J’ai eu beau tenter de garder le même enthousiasme avec Sutton et Bromont, les distances et les foules en ont eu raison. Le ski de fond, que je croyais ennuyeux, s’est tranquillement imposé. Une fraction du prix. Connexion intégrale avec la nature. Bienfaits pour le corps beaucoup plus élevé en beaucoup moins d’heures. Tranquillité.
    Je suis hors sujet, j’en suis conscient. Mais vu le dilemme dans lesquels les skieurs alpin du MSA se retrouvent, une fois de plus, mon petit bout de réflexion personnelle pourra peut-être inspirer un ou deux d’entre vous !

  6. Excellent votre constat autant étoffé que décourageant…
    Voici mon article publié dans le Devoir ce 13 déc. qui va dans le même sens:

    Quel gâchis et négligence et ce, depuis plusieurs années en ce qui concerne l’administration et l’opération de la station de ski du Mont. Plusieurs accidents ces dernières années dûs à des équipements vétustes et mal entretenus, on aurait pu avoir des morts samedi dernier… Qu’attend le Gouvernement pour en reprendre les rênes en annulant le contrat/bail (comme l’on a fait pour certaines compagnies pétrolières dans l’est du Québec) ?
    Des accidents évitables, causés par l’entretien fautif et l’absence d’investissement chronique, situation déplorable pour ce principal attrait hivernal de la région qui peut attirer tant de touristes et de retombées. La Station affirme qu’elle a « investi » 1,5 million depuis deux ans…Ridicule et ce n’est que pour réparer des équipements usés ou finis; incomparable avec d’autres stations bien administrées.
    Le propriétaire RCR (Resort of the Canadian Rockies que j’ai surnommé « Return the Cash in the Rockies » il y a une dizaine d’années) doit être écarté par le gouvernement de façon immédiate pour des raisons de sécurité et de perte de réputation pour de nombreuses années.
    La région a une superbe montagne et parc d’amusement quatre saisons (ski, ski de fond, raquette, vélo, parapente, randonnée, etc.) mais complètement négligée… C’est le temps de tirer un grand coup M. Fitzgibbon!
    …Et voici un ajout :
    Il doit y avoir une voie de passage afin d’annuler le contrat/bail, avec pénalité bien sûr, comme pour certaines compagnies d’exploration pétrolière en Gaspésie/ Anticosti et remettre le tout en appel d’offre pour un autre regroupement privé. Il y en a sûrement qui se pointeraient, avec à ce moment une « aide » du gouvernement comme dans beaucoup d’industries.
    Ce n’est pas le rôle du gouvernement d’opérer une station mais de réparer l’erreur passée de l’avoir « donné » à un opérateur non fiable qui n’investit que dans l’ouest (ex:Fernie..) et qui met en danger la vie de citoyens et nuit à la réputation de l’attrait hivernal no 1 de la région de Québec, le Carnaval ne durant que 2 semaines…

  7. Excellent article mais quelle tristesse en pensant à tous les dommages collatéraux…

    Possédez-vous une résidence secondaire autour de cette station???Oups! Pas certain qu’elle prenne de la valeur au cours des prochaines années…
    J’ai été skieur et détenteur de passes saisonnières à Sainte-Anne pendant 35 ans. Quand j’ai quitté le MSA pour le Massif en 2009-2010 c’est que j’avais déjà le ras le bol de voir les infrastructures en décrépitude. Les clients n’étaient pas chouchoutés dans une période où le Massif faisait TOUT pour sa clientèle…

    Le Massif a connu aussi ses hauts et ses bas et des bas qui ne plaisent pas aux clients non plus: saisons écourtées, fermeture de chalets, de remontées, profilage de clientèle… Une des raisons, selon moi, que personne n’a mentionnée, c’est que l’industrie du ski est en crise majeure mondiale depuis au moins une décennie. Ce n’est pas en pensant que tout va se replacer par une aide gouvernementale que les choses vont s’arranger… L’industrie du ski nord américaine est maintenant une affaire de mégas organisations internationales fortement capitalisées qui attirent une clientèle avec des installations et des infrastructures de qualité supérieure et le tout à des prix inférieurs à ceux que nous payons actuellement pour les passes saisonnières du MSA ou du Massif par exemple… avec en plus la possibilité d’utiliser la même passe dans des dizaines de stations de calibre VRAIMENT international!!!
    Je crois en l’entreprise locale, j’en ai moi-même possedées, mais quelquefois il faut savoir s’adapter au changement de paradigme…

  8. Il est vrai que le modèle d’affaires de Vail Resorts qui possèdent aujourd’hui 41 stations connaît un immense succès sur le plan financier. Par contre la vente à rabais de près de 2,5 millions d’Epic Pass a créé de très longues files d’attente dans plusieurs de leurs stations et celles de leurs partenaires, des chalets de ski et des stationnements qui débordent, des bouchons sur les autoroutes…
    Cela fait en sorte qu’aujourd’hui il y a un marché pour les stations qui contingentent le nombre de skieurs sur leur montagne tel Le Massif de Charlevoix, associé à un regroupement de stations qui n’appartiennent pas à Vail Resorts ou à Atterra Mountain Company (Ikon Pass), soit Mountain Collective.

  9. Pour avoir été élevé sur une montagne et avoir eu un père qui a opéré la station de ski Mont Tremblant pendant 25 ans . Aujourd’hui j’le possède et opère des centrales hydroélectriques qui on plus de 60 ans. J’ai pour mon dire qu’il n’y a pas des vieux équipements. Il n’y a que des équipements mal entretenus. Il faut dire que la technologie de remontée n’est pas du roquet science . Ça prends pas dix ans pour faire un bon entretien. Ça prends seulement des individus qui connaissent ce qu’ils font. Il faut arrêter de faire peur au monde . C’est de la simple et très simple mécanique .

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